Avec le bon samaritain, revenir au coeur

"Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" demande le docteur de la Loi en ouverture de la parabole. Plus qu’une question de faire, Jésus répond que c’est l’être, la dynamique intérieure qui est essentielle. L’action du samaritain est limitée dans le temps et dans sa portée : il donne les premiers soins à l’homme blessé puis en confie la charge à un aubergiste. Mais il est « ému aux entrailles », bouleversé au plus intime de lui-même. Pour st Isaac le Syrien (VIIè s.), "la miséricorde est une flamme qui embrase le cœur".

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Cette flamme c’est la vie de Jésus en nous. Le samaritain est le prochain de l’homme blessé
car Jésus vit dans son coeur, aime en son coeur. La présence de Jésus dans son coeur lui fait
connaître une communion de coeur à coeur avec l’homme blessé. L’huile et le vin représentent l’onction
d’Amour qui circule entre le coeur du samaritain et celui de l’homme à terre.

"Il ne s’agit pas d’éprouver de la pitié, c’est beaucoup plus, c’est ressentir la souffrance de l’autre
au point de la faire sienne. Tout comme Jésus qui souffre avec nous, qui souffre pour nous".
François, angélus 1/8/14

Cette flamme grandit dans le cœur vulnérable qui s’ouvre à l’Amour.

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Le samaritain est proche de l’homme blessé car il laisse préalablement le Royaume s’approcher de ses ombres intérieures, de sa condition d’estropié. Il s’adresse à Dieu simplement, sans apparat, en lui ouvrant son cœur, en implorant son secours. Il ouvre son coeur à la gratuité de l’Amour et le "vin nouveau" qui est la vie même de Jésus peut couler dans son cœur : "ce n’est plus moi qui aime...".

Le prêtre et le légiste n’ont pas cette perméabilité à l’Amour. Ils observent des règles strictes de pureté afin d’être irréprochables devant Dieu.

Jésus est venu bouleverser ce monde juif régi par la distinction du pur et de l’impur. C’est du cœur de l’homme que vient l’impureté Mt 15,19. Seule l’ouverture de notre cœur à l’Amour peut le transformer. L’impureté n’est pas un obstacle, mais au contraire le lieu d’un surcroît d’amour de la part de celui qui est venu pour les malades Mc 2,17.

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Cet amour que Dieu nous porte sans qu’on le mérite transforme notre regard sur le monde. Les trois acteurs du récit « voient » l’homme blessé, mais seul le samaritain possède la "vision" du coeur : la charité du Christ vit en lui.

En abandonnant notre coeur à Jésus afin que son Amour s’établisse en nous, nous connaîtrons cette communion de cœur à cœur.

Avec la « vision » du cœur nous sommes membres d’un même corps, de la même lumière. Dans une histoire juive qui a traversé les siècles, un rabbin demande à ses étudiants :
- Comment sait-on que la nuit est achevée et que le jour se lève ?
- C’est quand on ne peut distinguer un palmier d’un dattier ? Un chien d’un mouton ?
- Non, répondit le rabbin. L’heure du Shabbat, c’est quand tu vois une femme et que tu reconnais ta sœur,
quand tu vois un homme et que tu reconnais un frère. Avant, il fait encore nuit dans ton cœur ».

Le "cœur nouveau" (pur) « voit » Dieu, il reconnaît l’étincelle de Son Amour
dans les cœurs les plus fragiles, les plus durs aussi.

Voir avec les yeux de Jésus, c’est déceler un trésor caché en chaque homme, voir au-delà des apparences.
Pensons à la manière dont Jésus regarde Zachée, Nathanaël, Mathieu, le jeune homme riche, la femme adultère....

« Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et ceux qui voient deviennent aveugles. » Jn 9, 40

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Dans le récit d’Emmaüs, les yeux des pèlerins s’ouvrent parce que leur cœur est tout brûlant. Dans la Genèse, l’ouverture des yeux est la marque du péché : Adam et Eve n’ont pas accompli le chemin vers leur intériorité. Le docteur de la loi qui interroge Jésus sur les commandements entre dans cette catégorie : certes, il comprend que l’amour est le cœur de la loi juive mais il lui reste à parcourir le chemin qui va de la tête au cœur. Il lui reste à briser son cœur pour obtenir la vision du cœur profond : « Ils ont des yeux et ne voient pas... » En ayant recours au langage parabolique, Jésus guérit son cœur. La Parole semée c’est l’amour qui s’infuse en nos cœurs. Jésus guérit l’aveugle Jn 9,40 mais avant tout il répare la blessure du péché originel : il illumine son cœur profond de son Amour.

Et aujourd’hui, comment retrouver un cœur de chair dans lequel le "vin nouveau" peut s’écouler ?

L’important est d’ouvrir notre cœur à l’Amour de Jésus, comme la fleur s’ouvre à la chaleur du soleil, et de laisser cet Amour pénétrer notre terre intérieure, se répandre sur nos ombres intérieures. C’est cette dynamique d’ouverture qui est à l’oeuvre dans la loi juive. "Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur...". Non pas un surcroît de volonté, mais une brèche pour laisser Dieu être Dieu en nous.

Nous pouvons aussi nous mettre à l’école des enfants, eux qui ont un coeur sans rempart :
"Votre récit nous fait regarder notre vie différemment avec de nouveaux yeux...
Je prends conscience de tous les petits bonheurs de la vie avec mon mari et mes deux filles...
On rit, on pleure et on en ressort vraiment différent. Ce livre se dévore et donne envie
de dévorer la vie" (livre d’or du site www.deuxpetitspas.com)

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