"Ces petits qui sont mes frères" : aimer avec l’amour du "grand frère"

Dans la parabole du « jugement dernier », c’est la surprise des brebis qui attire notre attention : « quand est-ce que nous t’avons vu... ? » Elles sont tout étonnées d’apprendre qu’elles ont servi Jésus.

La charité implique un désaisissement de soi, de notre agir. La charité ne relève pas d’un calcul, d’un savoir ; elle est plutôt une « révélation » faite aux « petits frères » de Jésus.

Le verbe « voir » ne suggère-t-il pas la présence agissante de Dieu en nous ? Le prêtre, le légiste
et le samaritain voient l’homme roué de coups sur le bord du chemin mais seul le samaritain
possède la "vision" du coeur : la charité du Christ s’infuse en son coeur comme un joug.

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Dans cette parabole il n’est pas question d’accumuler les bonnes actions jusqu’à l’épuisement, mais de laisser le Christ agir en nous, aimer en nous.

Commençons par ouvrir la porte de notre cœur à son amour. Laissons-le s’approcher de nos maladies, comme le bon samaritain. Dans la parabole, chacun est membre du corps souffrant de Jésus Christ. Chacun est le « petit frère » de Jésus, sans hiérarchie aucune : "le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean le Baptiste" Mt 11,12.

Laissons-nous regarder par le Christ tels que nous sommes, sans nous dissimuler derrière un masque. Si nous laissons son Amour agir en nous, nous travailler comme Jacob, nous recevrons un coeur de chair, irrigué dans ses profondeurs par l’agapè, l’amour inconditionnel de Dieu.

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« Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la ».

Inversement, le péché commis par notre main, ce pourrait être le contrôle,
l’accumulation des bonnes actions pour soulager notre conscience ou « gagner notre ciel ».
Voilà pourquoi sainte Thérèse a pu dire : « au soir de cette vie, je paraîtrai devant Dieu les mains vides ».

« Le bon Dieu me faisait sentir que la vraie gloire est celle qui durera éternellement
et que pour y parvenir il n’était pas nécessaire de faire des oeuvres éclatantes
mais de se cacher et de pratiquer la vertu en sorte que la main gauche ignore
ce que fait la droite.
 » Thérèse de Lisieux MSA,119

Quand bien même nous perdrions une main, nos sécurités, nos appuis, il nous resterait un cœur.
Un cœur de chair illuminé par la vie du « grand frère ».

Le « jugement » apparaît comme une mise en lumière des moments
où nous avons agi en union avec Jésus.

Ce dévoilement vient de la Vérité, l’amour de Jésus présent dans nos profondeurs. "Celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin qu’il soit manifesté que ses oeuvres sont faites en union avec Dieu" Jn 3,21.

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Ne soyons pas comme le fils aîné, comme celui qui a reçu un talent : ils respectent les commandements et font de bonnes actions mais ils ne commencent par accueillir la lumière de la Vérité dans leur coeur. En se fermant en cet Amour ils se condamnent eux-mêmes, s’excluent de la communion avec Dieu.

« Quand est-ce que nous t’avons vu ? »

C’est lui qui nous regarde le premier, qui souhaite pénétrer de son regard d’amour tout notre être, ombres et lumières. Est-ce que j’accueille son regard d’amour comme Pierre après son reniement, comme Matthieu le collecteur d’impôts ? Ou est-ce que je me dérobe comme le jeune homme riche ?


Dans une histoire juive qui a traversé les siècles, un rabbin demande à ses étudiants :
- Comment sait-on que la nuit est achevée et que le jour se lève ?
- C’est quand on ne peut distinguer un palmier d’un dattier ? Un chien d’un mouton ?
- Non, répondit le rabbin. L’heure du Shabbat, c’est quand tu vois une femme et que tu reconnais ta sœur, quand tu vois un homme et que tu reconnais un frère. Avant, il fait encore nuit dans ton cœur ».