De l’image à la ressemblance

"Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde." Jn 1,9.

Chaque homme est créé à l’image de Dieu, chaque homme a reçu dans son cœur une étincelle d’amour qui provient de la vie même de Dieu.

Pour différentes raisons cette flamme peut être éteinte : peurs héritées de la prime enfance, perception purement intellectuelle de Dieu, volonté de puissance, recherche de plaisirs sensibles, attachement aux créatures...

« Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois, je
parviens à l’atteindre. Mais, le plus souvent, des pierres et des gravats obstruent
ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour » Etty Hillesum

Cette lumière, Jésus nous aide à la « remettre au jour ». Par l’Esprit Saint une Flamme d’amour
a été répandue dans nos coeurs (Rm 5,5). Quand l’étincelle grandit, le cœur se dilate. Thérèse d’Avila
compare l’âme à un palais que le Seigneur lui-même agrandit « jusqu’à ce qu’il puisse contenir ce qu’Il
dépose en Lui ». La parabole du levain dans la pâte décrit sans doute cette dilatation du cœur, de l’esprit.

"Sainte Thérèse d’Avila dit que l’âme est comme un cristal en lequel se reflète la Divinité.
J’aime tant cette comparaison, et lorsque je vois le soleil envahir nos cloîtres de ses
rayons, je pense que Dieu envahit ainsi l’âme qui ne cherche que Lui". sainte Elisabeth de la Trinité

Cette flamme libère un espace pour Dieu. Peu à peu prend forme le Royaume, notre « homme intérieur » (2 Co 4,16). Saint Pierre, dans sa première Lettre, évoque "l’homme caché du coeur" : sous le "coeur de pierre", présent à la surface de l’être, se trouve un coeur de chair.

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Cette divinisation est un processus douloureux. Jean de la Croix utilise l’image de la bûche livrée au feu, qui va peu à peu être transformée par lui. Le feu commence par assécher le bois, le rendre obscur. Nous aussi, nous devons connaître l’obscurité, la nuit de la foi, des épreuves existentielles.

L’homme n’a qu’à s’abandonner au travail de la flamme.

"Pour monter aux demeures que nous désirons atteindre, il ne s’agit pas de
beaucoup penser, mais de beaucoup aimer... Que l’âme s’abandonne donc
dans les mains de Dieu, pour qu’il fasse d’elle ce qu’il veut, avec le moindre
souci de ses intérêts, et le plus grand abandon à la volonté de Dieu." Thérèse d’Avila

Ce ne sont pas nos efforts, notre prière personnelle, qui peuvent transformer notre cœur,
mais la Flamme d’amour présente au fond de nous, pour peu que nous nous abandonnions à son
action, que nous "brisions" nos sécurités (prière personnelle, méditation des Ecritures...) : 
"Le sacrifice qui plaît à Dieu c’est un esprit brisé » ps 50

Progressivement notre coeur tout entier sera dans la lumière. Dans son commentaire du psaume 90, saint Augustin le dit : « La virginité de la chair appartient à un petit nombre, la virginité du cœur doit être le fait de tous. »

Cette transformation s’effectue dans les plans les plus profonds du cœur, où nous acquérons progressivement la ressemblance avec notre bien-aimé, en devenant « théophores », porteurs de la charité divine (agapè). Le coeur devient l’ "outre neuve" dans laquelle s’écoule le "vin nouveau" Mt 26,29 : l’agapè, l’Amour divin.

Abandonner notre oeuvre pour devenir l’oeuvre de Dieu

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Entrer dans la passivité ne va pas de soi. Dieu permet une déception, une maladie, une épreuve, et même le péché, pour que nous baissions la garde. Comme Jacob avant d’entrer en Terre promise, nous devons nous préparer à être blessés. C’est l’épreuve de François d’Assise racontée par Eloi Leclerc dans Sagesse d’un pauvre :

« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, et va-t-en au pays de Moria, et là, offre-le en holocauste. » Cette parole terrible adressée par Dieu à Abraham, il n’est de vrai serviteur de Dieu qui ne l’entende un jour à son tour. (…) Dieu avait appelé et l’homme avait répondu. Maintenant l’homme appelle et Dieu se tait. Moment tragique où la vie spirituelle confine au désespoir. Où l’homme lutte tout seul dans la nuit avec l’Insaisissable. Il a cru qu’il lui suffirait de faire ceci ou cela pour être agréable à Dieu. Mais c’est à lui que l’on en veut. L’homme n’est pas sauvé par ses oeuvres, si bonnes soient-elles. Il lui faut encore devenir lui-même l’oeuvre de Dieu. Il doit se faire plus malléable et plus humble entre les mains de son Créateur que l’argile dans les mains du potier. Plus souple et plus patient que l’osier entre les doigts du vannier... A partir seulement de cette situation de détresse et dans cet aveu de pauvreté, l’homme peut ouvrir à Dieu un crédit illimité, en lui confiant l’initiative absolue de son existence et de son salut... Il est complètement ouvert à l’action de Dieu qui fait de lui ce qu’il veut, qui le mène où il veut."

"Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps" Mt 28,20

Le Royaume signifie que Jésus sera en nous. Cet avènement sera précédé d’une Pâque pour les chrétiens et l’Eglise en général : "il ne restera pas pierre sur pierre" Mt 24,2 - "Votre maison va vous être laissée déserte" Mt 23,38. Après ce temps douloureux marqué par l’absence de l’Epoux (Jn 16,16), nous "verrons" Dieu d’une autre manière, lorsque le Christ sera né en nos coeurs : le coeur purifié par la souffrance amoureuse, nous pourrons dire : "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur" Mt 24,39

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