Tous ensemble nous sommes l’image du Christ (Fils de l’homme)

Le concile Vatican II a insisté sur l’unité du genre humain, de la famille
humaine. Cette idée est contenue dans l’Ecriture. Saint Paul écrit
qu’au terme de l’histoire nous formerons un seul Homme nouveau (Eph 2,15)
comme si l’unité était si forte que nous puissions parler à ce moment-là
d’un Homme, alors que l’humanité est faite d’une foule immense de
personnes. "Au terme de la construction du Corps du Christ, nous
devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la
connaissance de Fils de Dieu, et à consti­tuer cet Homme parfait, dans
la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ" (Eph 4,13).

Ce dessein est présent dès la première page de la Bible. Quand Dieu dit :
"Faisons l’adam à notre image", il ne dit pas “Créons monsieur Adam",
ni "Créons les hommes mâles". Non, il dit "Créons l’humanité, le genre humain".
Le premier homme contenait en lui l’humanité tout entière, c’est-à-dire toutes
les âmes à venir. Adam désigne à la fois chaque être humain et toute l’humanité :
l’Homme-Humanité. C’est donc toute l’humanité qui est "à l’image de Dieu".
Eléments d’exégèse : http://biblique.blogspirit.com/archive/2006/09/01/adam-l-humain.html

La manière dont Isaïe réinvestit l’expression "chair de ma chair" est révélatrice
de cette ouverture : "Ne te dérobe pas devant celui qui est ta propre chair" Is 58,7

L’hébreu rend compte de ces subtilités : au commencement il y a l’adam,
qui est ben ha-adamah, c’est-à-dire "fils de la terre, fils du sol". Avec la création
de la femme, l’adam se façonne en "fils d’homme", ben adam, ou "fils de l’homme",
ben ha-adam, l’homme humanisé.

JPG - 75.4 ko

"Fils de l’homme", c’est le nom par lequel Jésus se désigne lui-même communément : l’homme achevé, l’homme abouti. Celui dont le visage est l’agrégation de tous les êtres, de tous les cœurs (cf. Marthe Robin).

Jésus, Adam accompli, reconstitue l’unité adamique. Son corps mystique récapitule tous les hommes, dans leur diversité, comme le révèle la photo ci-contre réalisée par l’aumônerie de Péronne (Somme) en 1982.

Chaque homme est créé à l’image de Dieu. Mais pour parvenir à la ressemblance avec Dieu, j’ai besoin des autres.

Quitter sa place de "terreux" pour "renaître d’eau et d’esprit", c’est quitter ma famille de chair pour accueillir tout homme comme un frère.

Cette "nouvelle naissance" a lieu dans le coeur : en laissant l’amour divin circuler dans mes profondeurs, j’aurai un "coeur nouveau", rempli de la lumière divine.

"Un rabbin demandait : A quoi l’on peut reconnaître le moment précis où la nuit s’achève et où le jour commence ? A cette question, une première réponse fut donnée : quand on peut distinguer de loin entre un chien et un mouton. Non, dit le Rabbin. Quand on distingue un dattier, d’un figuier. Non, dit-il encore. Mais alors, à quel instant ? L’heure du Shabbat, c’est quand tu vois une femme et que tu reconnais ta sœur, quand tu vois un homme et que tu y reconnais un frère. Avant il fait encore nuit dans ton cœur."

La pomme représente peut-être une connaissance charnelle, qui s’approprie l’autre. Alors que nous devions parvenir à une connaissance infuse, en laissant circuler la lumière divine (agapè) dans nos profondeurs.

JPG - 22.8 ko

Le "coeur nouveau" est uni à Dieu et aux autres

« Daigne m’unir à toi, Vigne Sainte et sacrée
Et mon faible rameau te donnera son fruit
Et je pourrai t’offrir une grappe dorée
Seigneur, dès aujourd’hui.
Cette grappe d’amour, dont les grains sont des âmes
Je n’ai pour la former que ce jour qui s’enfuit
Ah ! donne-moi, Jésus, d’un Apôtre les flammes
Rien que pour aujourd’hui. »
Thérèse de Lisieux, Rien que pour aujourd’hui

Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Mt 24,41

La ligne de fracture entre les deux femmes ne se situe pas entre l’action et la contemplation. Luc nous dit qu’au coeur de l’action nous pouvons avoir un coeur qui veille, un coeur amoureux, qui se laisse "attirer".

Alors ce sera la fin. Comme un éclair jaillissant d’un pôle à l’autre, la présence
silencieuse accrue du Christ dans les choses se révélera brusquement. (…)
Comme la foudre, comme un incendie, comme un déluge,
l’attraction du Fils de l’Homme saisira, pour les réunir et les soumettre
à son Corps, tous les éléments tourbillonnants de l’univers. Pierre Teilhard de Chardin


En Lui, « toutes choses seront réunies, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. Ep 1,10

C’est toute la nature humaine s’étendant du début à la fin de l’histoire qui
constitue l’image unique de Celui qui est. Grégoire de Nysse

Quand toutes choses auront été soumises au Fils, alors le Fils lui-même se soumettra
à Celui qui lui a tout soumis, afin de Dieu soit tout en tous. 1 Co 15,28

"Seul l’amour, pour la bonne raison que seul il prend et joint les êtres par le fond d’eux-mêmes,
est capable – c’est là un fait d’expérience quotidienne – d’achever les êtres, en tant qu’êtres,
en les réunissant." P. Teilhard de Chardin