Indissoluble ou soluble en Dieu ? (Tobie et Sara)

Dans le dialogue sur le mariage avec les pharisiens, Jésus pointe la dureté de coeur Mt 19,8 qui conduit à la répudiation. Ni condamnation ni fatalité dans son propos : le semeur répand le germe de l’amour dans tous les cœurs, avec prodigalité et patience, transformant la terre rocailleuse en une terre tendre, imprégnée d’amour. Tel est agapè, l’amour que Dieu nous porte sans qu’on le mérite. Le sacrement de mariage actualise ce don gratuit de l’amour divin, amour qui permet de s’accepter et d’accepter son conjoint.

L’expression « ce que Dieu a uni » sonne moins comme un précepte moral,
qu’une invitation à laisser passer cet amour en nos cœurs.

L’essentiel est de demeurer uni à la Source. De garder notre cœur ouvert afin que l’amour de Jésus puisse librement, sans aucun obstacle, couler à travers nous vers l’autre.

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Il s’agit de devenir comme des enfants, comme Jésus le demande juste après :
Suis-je prêt à accueillir son Amour (le Royaume) comme un enfant, avec un coeur ouvert et confiant,
certain qu’il m’aime tel que je suis, non tel que je voudrais être ?

Ceux qui accueillent le Royaume comme un enfant, peuvent aussi accueillir leur conjoint, leur prochain, à la manière d’un enfant : en voyant la graine du Royaume dans la vie de chacun, et sans captation.

« On n’aime bien qu’à distance. On n’aime bien qu’à bonne distance. De trop près on s’étouffe,
de trop loin on se défait. En vérité cette bonne distance est infinie : c’est celle qui a cours
en Dieu même, et entre nous dès lors que nous aimons en Lui. » François Cassingena

Pour aimer en Dieu, il faut le laisser aimer en nous jusqu’à ce qu’il s’établisse au plus intime.
Passons du temps avec Jésus, ouvrons nos coeurs à son amour. Il transformera notre amour
du prochain (conjoint) en son amour à lui, y compris dans sa dimension charnelle.

"Quand le dynamisme sexuel est saisi par l’esprit et pénétré de charité,
il n’est plus un ennemi, mais il contribue pour sa part à l’essor spirituel de la personnalité..."
Henri Caffarel, Prends chez toi Marie ton épouse, page 156

"Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection
d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari" Lc 20,34

La résurrection commence aujourd’hui quand la Flamme du buisson ardent s’allume en notre âme :
"Il est le Dieu des vivants", déclare Jésus dans l’histoire de la femme aux 7 maris, Lc 20,27-38.
"Tous vivent pour lui", les consacrés comme les époux.

Le monde ne fait que passer, seul l’amour divin demeure dans le cœur. Pour avoir en nous cet amour, passons du temps avec Jésus, seul ou en famille. Laissons nos coeurs se réchauffer au contact de sa Flamme afin de le tenir à distance des sirènes de la consommation.

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Quand l’amour du "grand frère" habite au plus intime de l’âme, tous les hommes sont connus comme des frères. Y compris notre conjoint. "Que ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas" 1Co7,29.

Toute relation amoureuse s’accomplit dans la fraternité, comme l’indique le Cantique des Cantiques (Ct 4,10, Ct 5,2, Ct 8,1). Tobie peut appeler Sara sa soeur car l’amour du "grand frère" vit en lui.

Auparavant il a connu l’épreuve : la cécité de son père peut être interprétée comme une mort de la vie sensible. Le chien qui l’accompagne comme un renoncement à sa volonté propre. Sara n’est pas mieux lotie, avec les humiliations successives qui ont jalonné sa quête de l’âme soeur.

Du père Louis-Marie Guitton : "Si le célibat sacerdotal est dénigré, c’est plus largement la vertu de chasteté qui est considérée comme impraticable. Nous avons peut-être oublié que nous sommes tous en chemin vers un amour chaste. Avons-nous seulement assez annoncé cette bonne nouvelle  : chrétiens, tous appelés à la chasteté  !"

Dans les épreuves de la vie conjugale (séparation, continence...), nous pouvons accueillir
un "passage de l’épée" Lc 12,51 douloureux mais libérateur. "La croix est bonne et précieuse
car elle allume le feu divin dans le coeur en le détachant des créatures" (st LM Grignion de Montfort).
Dans la souffrance et la solitude, nous produirons un "vin nouveau" qui nous permettra de recevoir
notre prochain d’une manière nouvelle, car l’unité sera faite en Dieu, dans son agapè
(les créatures sont connues par Dieu, et non plus Dieu par les créatures, écrit st Jean de la Croix).

"Que tous les instants de notre vie soient pour Lui seul !...
que les créatures ne nous touchent qu’en passant". Sainte Thérèse

Tobie peut "recevoir" pleinement Sara, selon l’expression du rituel du sacrement de mariage,
car la vie du Christ représentée par la capture du poisson illumine ses profondeurs :

"A moi sont les cieux et à moi est la terre, et à moi sont les peuples ; les justes sont à moi et à moi les pécheurs ; les anges sont à moi et la Mère de Dieu est à moi et toutes les choses sont à moi, et Dieu même est à moi et pour moi, parce que le Christ est à moi et tout entier pour moi ." Jean de la Croix

Le célibat des prêtres et des religieux est le signe de cette fraternité à venir.

Pour le père Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire du diocèse de Lyon, le célibat est un appel à vivre la fraternité avec les personnes marginalisées. C’est Mario, malade du sida en phase terminale, qui lui a révélé cette fraternité :

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Un jour, me regardant bien dans les yeux, il m’a dit : « je crois avoir compris le célibat des prêtres ! » Du tac au tac, je lui ai répondu : « Eh bien explique-moi parce que moi, je n’ai pas tout compris ! » Il a réfléchi et paisiblement il m’a dit : « quand tu es là, je me repose dans ton cœur ! » Je n’avais toujours pas compris, alors je lui ai demandé des explications. Il a ajouté : « Quand les dames de la Croix Rouge viennent, ce n’est pas pareil ! Elles sont mariées, elles ont des enfants et des petits-enfants, et je suis content qu’elles prennent de leur temps pour venir me voir. Je les trouve généreuses. Quand tu viens, j’ai l’impression d’être vraiment important. Il n’y a personne d’autre que moi qui soit plus important pour toi quand tu es là. Si tu étais marié, je saurais qu’il y a dans ton cœur quelqu’un de plus important que moi et ce serait normal."
Lire le texte complet ici :  https://lyon.catholique.fr/diocese/eveques/celibat-dur-combat-cest-beau-combat/


De Jean de la Croix : "Quand l’amour que l’on porte à la créature est une affection toute spirituelle et fondée sur Dieu seul, à mesure qu’elle croît, l’amour de Dieu croît aussi dans notre âme (...)Plus cet amour grandit [l’amour du prochain], plus aussi grandit celui que l’on porte à Dieu ; et plus l’amour de Dieu va croissant, plus s’accroît l’amour du prochain, parce que ces deux amours ont une même racine et jaillissent d’une même source". MC III, 23,1

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