"Ces petits qui sont mes frères" : aimer avec l’amour du "grand frère"

« Quand est-ce que nous t’avons vu... ? » Les brebis sont tout étonnées d’apprendre qu’elles ont servi le Christ.

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La charité ne relève pas d’un calcul, d’un savoir. Elle est plutôt une « révélation » faite aux « petits frères » de Jésus.

"Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite."

La surprise signifie peut-être l’absence de retour sur soi, le naturel avec lequel chacun a agi. Jésus ne valorise pas le bien accompli au nom de la religion, de principes humanistes. Faudrait-il se méfier de l’action charitable ? Nous savons bien qu’elle est rarement désintéressée et que sous les apparences du dévouement peut se cacher une mise en scène de notre ego ou une mainmise sur l’autre. Voilà pourquoi sainte Thérèse a pu dire : "au soir de cette vie, je paraîtrai devant Dieu les mains vides".

A rebours de cette tendance égocentrique, Jésus nous invite à le laisser agir en nous.

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La pointe de la parabole se trouve peut-être dans le "laissez-faire".

Avant de laver les pieds des pauvres, nous devons laisser Jésus nous laver les pieds, répandre son Amour inconditionnel sur nos soifs et nos faims. Dans cette lumière intérieure, nous pourrons « voir » Dieu, voir une étincelle d’amour dans chaque coeur. Connaître intimement notre prochain en communiant à sa vulnérabilité.

« Quand est-ce que nous t’avons vu ? » C’est Lui qui nous regarde le premier, qui souhaite pénétrer de son regard d’amour tout notre être, ombres et lumières (jeune homme riche, Matthieu...).

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Le « jugement » apparaît comme une mise en lumière des moments
où nous avons laissé l’Amour agir en nous.

"Celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin qu’il soit manifesté que ses oeuvres
sont faites en union avec Dieu" Jn 3,21.

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Ne soyons pas comme le fils aîné, comme le serviteur qui a reçu un talent : ils respectent les commandements et font de bonnes actions mais ils n’agissent pas en union avec Dieu ; ils n’accueillent pas sa Lumière dans leurs blessures.
En se fermant à l’Amour, ils s’excluent de la communion avec Dieu et avec les autres.

Dans une histoire juive qui a traversé les siècles, un rabbin demande à ses étudiants : « Comment sait-on que la nuit est achevée et que le jour se lève ? »
- "C’est quand on ne peut distinguer un palmier d’un dattier ?" « Non » dit le rabbin.
- "C’est quand on ne peut distinguer un chien d’un mouton ?" « Non » dit le rabbin
- « L’heure du Shabbat, c’est quand tu vois une femme et que tu reconnais ta sœur, quand tu vois un homme et que tu reconnais un frère. Avant, il fait encore nuit dans ton cœur."

Nous pouvons servir les pauvres avec les lèvres, avec un cœur superficiel. « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». Mais dans cette parabole,
Jésus nous invite à l’honorer avec le cœur profond, en le laissant vivre en nous, dans nos fragilités.

Son Amour nous fera perdre le pied qui donne de l’assurance Mc 9,41, la main qui sert à faire la comptabilité
de nos bonnes actions. « Le péché en moi dit je », écrit Simone Weil.