Nuit de l’esprit : quand Dieu nous soumet à la tentation

« O nuit qui m’as guidé ! O nuit plus aimable que l’aube ! O nuit qui as uni l’amant et l’amante ! »

La nuit représente l’action du feu qui imprègne d’abord la surface de l’âme (sensibilité, intelligence) puis ses profondeurs.

Ce feu a d’abord une action bienfaisante, qui réchauffe l’âme à travers de multiples consolations. Ensuite il plonge l’âme dans l’obscurité, afin que le bois devienne feu lui-même.

« Voyez comment le feu embrase une bûche de bois. D’abord il la dessèche, d’où cette âcre fumée qui sort de la bûche. Mais quand le bois s’enflamme, il semble être devenu feu lui-même, et flambe joyeusement. Ainsi le feu de l’amour de Dieu dans notre âme. Par la souffrance et l’épreuve, Dieu fait sortir d’elle tout ce qui est mauvais. Mais c’est afin de pouvoir l’embraser de son amour. » St Jean de la Croix

L’âme se laisse transformer par le feu au cours d’une nuit qui peut prendre plusieurs formes, souvent entremêlées :

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Nuit des sens : au début de la vie spirituelle, la prière est surtout vocale, l’âme est comblée de consolations sensibles. Ce moment n’est pas appelé à durer. Quand ses "gourmandises spirituelles" disparaissent, le fidèle n’a plus goût à la prière, ni à la méditation des Ecritures. St Jean de la Croix conseille de demeurer dans cette impuissance et de ne pas chercher à revenir aux anciennes formes de méditation (prière vocale, méditation d’une scène évangélique...)

Nuit de la foi : « Dieu est toujours une surprise », répète le pape François. Est-ce je consens à lâcher mes certitudes sur Dieu, à me laisser surprendre ? L’Esprit utilisera cette nuit de l’intelligence pour me conduire à une « connaissance amoureuse » (Jean de la Croix).

Nuit de la volonté : cette nuit est représentée par l’image du sommeil (Transfiguration, vierges sages, marche sur les eaux). "On ne trouve ni goût ni consolation dans les choses de Dieu, on n’en trouve pas non plus dans les créatures ; on n’a de goût à rien". "Il plonge l’entendement dans les ténèbres, la volonté dans les sécheresses, la mémoire dans le vide, le cœur dans l’amertume, l’abattement et la plus extrême affliction."

Après un certain temps dans la nuit, d’impuissance de notre volonté, une flamme d’amour
s’allumera dans notre coeur profond : "le centre de l’âme, c’est Dieu" Jean de la Croix.

La zone de l’esprit doit être aussi purifiée. Etre "pauvre en esprit", c’est perdre l’amour de Dieu et celui des frères. « L’âme se sent privée de Dieu, punie et rejetée, indigne de lui… Il lui semble que ce tourment durera toujours. Elle se croit l’objet du même abandon et du même mépris de la part de toutes les créatures et surtout de la part de ses amis... Il faut que l’âme sacrifie complètement sa première paix qui, étant enveloppée d’imperfections, n’était pas une paix véritable. » (Jean de la Croix).

"La porte étroite, c’est la nuit du sens. L’âme, pour y entrer, doit se dépouiller et se dénuder de tout ce qui est sensitif, en s’appuyant sur la foi, qui n’a rien à voir avec les sens. Elle marchera ensuite par le chemin étroit, qui est la nuit de l’esprit... Ce chemin est si étroit, si obscur et si terrible (sans comparaison avec la nuit du sens, son obscurité et ses épreuves) qu’il y en a bien peu à le suivre." St Jean de la Croix

Pour le mystique espagnol, les trois pains reçus pendant la nuit (parabole de l’ami importun, Lc 11 5,5-13) sont les trois vertus théologales en voie "d’amorisation". Les "bonnes choses" ne sont pas la sortie de la nuit, mais au contraire l’acceptation de cette purification douloureuse dans le feu de l’Amour.

"Dans nos difficultés, il faut plutôt accepter que vouloir être délivré ;
c’est l’acceptation qui nous délivre." Sainte Elisabeth de la Trinité

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Dans cette nuit de l’esprit, nous donnons l’Amour à ceux qui ne l’ont pas connu,
comme Jésus l’a dit à Van :

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"Tu éprouves du dégoût. Quand tu te trouves dans cet état, offre-moi cette épreuve afin que j’envoie un peu de joie aux âmes vivant dans la sécheresse. C’est au prix de beaucoup d’amertume et de souffrances que tu pourras venir en aide à un grand nombre d’âmes."

Le Royaume n’est pas la charité de Dieu en nous, mais les âmes qui reçoivent notre charité : "Je donne ma vie pour la recevoir de nouveau".

C’est l’expérience de sainte Thérèse avant de mourir. C’est peut-être aussi l’expérience que Jésus a vécue, lorsqu’après avoir été baptisé par Jean, il est conduit au désert, "soumis à la tentation" : le diable n’est pas une personne extérieure, mais une partie de son âme qui entre sous le contrôle des forces charnelles. Dieu se retire, il permet que nous soyons éprouvés. Si nous avons été des "bons fils", des chrétiens fidèles, nous pouvons avoir envie d’aller vers les prostituées en pensant que nous serons plus aimés du Père...

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La parabole de la veuve et du juge représente l’épreuve ultime de l’Eglise de la fin des temps confrontée à "l’enlèvement de l’Epoux".

Privée de la charité du Christ, elle vivra une mort, et il l’introduira dans une union encore plus profonde, pour que nous soyons des justes unis à la Justice du Fils.

"Quand il viendra, trouvera-t-il l’Amour sur la terre ? " : l’amour c’est le vide, la nuit de l’esprit.
Jean de la Croix compare "l’âme embrasée d’amour au vase vide qui attend qu’on le remplisse,
à l’affamé qui aspire à sa nourriture, à l’homme suspendu en l’air qui manque de tout appui". CS 9

Plus la nuit de l’esprit sera longue, plus l’union d’amour avec le Christ sera profonde :
"heureux les pauvres en esprit, le Royaume est à eux.

Plus la nuit de l’esprit sera longue, plus l’union avec les autres dans le Christ sera profonde, intense.

Bibliographie :

La nuit comme le jour illumine, la nuit obscure chez Jean de la Croix – Wilfrid Stinissen (Editions du Carmel)
Le Christ votre vie - Guido Stinissen (Cerf)
Découvre-moi ta présence - Guido Stinissen (Cerf)