Multiplication des pains : le semeur sème l’amour

Jésus a pitié de la foule affamée. Faim de pain certainement, mais aussi faim d’amour. Bien souvent nous cherchons à satisfaire ce désir fondamental avec des biens matériels. Nous grossissons alors le rang des foules sans berger ; leur coeur ne suit pas le vrai berger, il se laisse séduire par les sirènes du confort matériel.

Mais Jésus a pitié des foules sans berger Mt 9,36, des hommes dont le coeur tourne à vide. Il continue à semer l’amour dans nos cœurs, avec la même prodigalité et la même patience que celles décrites en st Matthieu 13,1. Trois jours durant, il a nourri la foule de sa Parole, de l’Amour dont le Père l’aime.

Que faisons-nous de ce don ?

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Est-ce que je l’accueille avec un cœur ouvert et confiant ? Ou bien est-ce que je pense que je ne suis pas digne de cet amour ? Quels sont les lieux, les moments où je peux puiser à la source de cet amour ? A quoi dois-je renoncer pour que mon coeur demeure dans l’Amour, comme le tournesol est orienté vers le soleil ?

A côté de cette démarche « active », il en est une autre, plus passive : le laisser vivre au plus profond de moi, m’abandonner à lui dans les épreuves (maladie, chômage, nuit de la foi, séparation... ). Moins je conduirai ma vie, mes projets, ma prière, plus l’Amour agira en moi. Plus je consentirai à des détachements (personnes, biens matériels, responsabilités...), plus l’Amour vivra en moi. Nous comprendrons que cet Amour est le seul bien pour lequel il vaille la peine de travailler ; le seul à même de combler notre désir profond : « qui vient à moi n’aura plus jamais soif... ».

Dieu a d’abord faim de notre amour

Jésus demande à ses disciples les pains et les poissons dont ils disposent, comme il demande à boire à la samaritaine : Il a soif de notre amour, écrit Thérèse de Lisieux. C’est cette soif qui éveille une source d’eau vive dans le cœur de la femme. Auparavant il lui a révélé la soif d’amour qu’elle a cherché à combler – en vain – dans les créatures. Ces échecs à répétition ne sont-ils pas une chance pour mettre au jour le désir profond qu’elle porte en elle ?

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La mention des trois jours n’est pas anodine : l’épisode de la multiplication des pains a sans doute à voir avec la Passion dans laquelle Jésus devient pain vivant, pain d’amour pour la multitude. Mais Mt 15,32 et Mc 8,1 mentionnent une seconde multiplication. Peut-être s’agit-il de la Passion de l’Eglise ?

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La multiplication prend alors un sens eschatologique, comme dans la parabole du filet Mt 13,47 : ce sont toutes les âmes qui ont reçu la vie de Dieu pendant que nous étions dans la nuit, devenant à la suite de Jésus nourriture pour le monde, pain d’amour et levain pour le monde.

L’eucharistie préfigure le Pain de l’amour destiné à la multitude des hommes.

Le corps du christ n’est-il pas le don de son amour, de son cœur rempli d’amour ?
Cet Amour est gratuit, écrit François :

« L’Eucharistie n’est pas la récompense des bons, mais la force des faibles, des pécheurs,
le pardon, le viatique qui nous aide à marcher, avancer
 » (fête du Saint-Sacrement, 4/6/17)

Dans l’eucharistie nous recevons un amour surnaturel qui nous aide à nous fixer
dans nos profondeurs, loin de nos désirs insatisfaits.

La syrophénicienne a compris que tous les hommes étaient invités à manger
ce Pain de l’amour : « mangez-en tous ».

Au-delà du sacrement, cet Amour se donne à nous à chaque instant dans l’outre de notre cœur.