« Non pas abolir mais accomplir »

Assurément, l’accomplissement de la loi a à voir avec le pardon. Le chapitre 5 du sermon sur la Montagne se termine avec cette injonction : « Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs... Vous donc, soyez parfaits comme votre Père est parfait ».

Mais le pardon n’est pas exempt d’ambiguïtés. Nous pouvons pardonner avec condescendance, en rappelant à notre frère tout le mal qu’il nous a fait. Pardonner du bout des lèvres, par devoir, juste pour être en paix avec Dieu et avec notre conscience.

Pour pardonner avec le coeur, nous devons reconnaître notre fragilité.

Les pharisiens se comptaient pour des justes car ils respectaient la loi. Ils n’avaient commis
ni meurtre, ni adultère. Alors que la loi ancienne valorisait l’apparence, Jésus nous invite
à prendre en compte les pensées de notre coeur, non pour les refouler, ni pour nous
culpabiliser. Mais pour laisser le Soleil de l’Amour du Père rayonner sur nos ombres intérieures.

C’est du coeur de l’homme que viennent meurtres et adultères Mt 15,19. Dans notre coeur
nous sommes tous malades. Chacun de nous peut faire l’expérience d’être assailli par la colère,
la jalousie, ou encore d’éprouver du désir pour quelqu’un.

"Connaissez-vous un homme qui n’ait jamais regardé une femme avec convoitise ? Un seul ? Je pense que tout homme normalement constitué est ou a été adultère par son regard", interroge Arnaud41 sur le forum de La Croix

Nos maladies ne sont pas un obstacle à la relation avec Dieu, mais au contraire le lieu
d’un surcroît d’amour de la part de celui qui est venu pour les malades.

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L’accomplissement de la loi n’est plus de l’ordre de la perfection morale, mais
du coeur pauvre qui se laisse aimer.

Dans cet Amour inconditionnel nous aimons les autres comme nous-mêmes.

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Le coeur pur "voit" Dieu, un "petit frère" de Jésus dans chaque personne. Il décèle une étincelle de bonté dans tous les coeurs. Il connaît son prochain non comme un être séparé de lui, mais de manière intime, en vibrant à sa souffrance, son péché. L’accomplissement de la loi n’est plus de l’ordre de la pureté mais de la fraternité.

"Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, je me demande toujours : pourquoi eux et pas moi ? Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi." (Le nom de Dieu est miséricorde, janvier 2016)

Comme l’écrit Christian de Chergé : "J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément."

Commentant la parabole de l’oeil et la poutre, saint Augustin écrit qu’au moment de blâmer notre frère, il est bon de nous souvenir que "nous sommes humains", et que la faute qu’il a commise, "nous aurions pu la commettre". Oui, la conscience de notre humanité et de notre fragilité devrait nous rendre bons, compréhensifs.

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Celui qui ne s’ouvre pas à cet amour inconditionnel se condamne lui-même ; il s’exclut de la communion avec Dieu et avec les autres.

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A une soeur de son carmel, Thérèse de Lisieux avait dit : « Ma Sœur, vous voulez de la justice de Dieu, vous aurez de la justice de Dieu. L’âme reçoit exactement ce qu’elle attend de Dieu. »

Le tribunal dont parle Jésus est aussi la réponse à notre jugement : « Le jugement que vous portez contre les autres, sera porté aussi contre vous » Mt 7,3. Si nous jugeons ceux qui commettent des actes graves, Dieu nous condamnera nous aussi. Ne serait-ce que pour une pensée ou une parole. Ou plutôt nous condamnons nous-mêmes. Condamner un meurtrier, c’est condamner notre propre fragilité (aimer son prochain comme soi-même).

"Je mettrai ma loi dans leur coeur" Jr 31,33 : pour mettre en pratique la Loi d’amour, il faut d’abord se laisser aimer. En nous abandonnant à cet Amour, en le laissant agir en nous, nous pourrons dire : "ce n’est plus moi qui aime, qui pardonne...".