Pauvre pour les pauvres : "il s’est fait péché pour nous"

Que penser des miracles ? Jésus est-il un super héros ? Pour le pasteur protestant Dietrich Bonhoeffer, c’est la faiblesse de Dieu qui opère des miracles : "il a pris sur lui nos infirmités et s’est chargé de nos maladies" écrit-il en citant Matthieu 17,1 et Isaïe.

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"Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. Il est manifeste d’après Mt 8,17 que le Christ ne nous aide pas par sa toute puissance, mais par sa faiblesse et sa souffrance !" (D. Bonhoeffer, 16 juillet 1944)

Nous pouvons penser que Jésus vit un échange avec les personnes qu’il guérit : il prend sur lui leurs souffrances physiques et psychologiques et en échange il donne sa lumière aux âmes.

Miracles et conversions sont rendus possible par son anéantissement : il s’est littéralement "vidé de lui-même" (Ph 2) pour que les hommes aient la vie.

Il a soif de l’amour de la Samaritaine ; il comprend de l’intérieur la soif d’amour de cette femme qui a tant cherché l’amour. La soif de Jésus culmine sur la Croix : soif de l’amour des hommes, de l’amour du Bon Larron. La résurrection n’y change rien : en demandant par trois fois à Pierre "M’aimes-tu ?", Jésus demeure ce mendiant d’amour.

"Il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté" 2 Co 8,9

Cette solidarité animait sainte Thérèse :

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"A mesure que je gagne quelque trésor spirituel, sentant qu’au même instant des âmes sont en danger de se perdre, je leur donne tout ce que je possède."

"Rien ne me tient aux mains. Tout ce que j’ai, tout ce que je gagne, c’est pour l’Eglise et les âmes. Que je vive jusqu’à quatre-vingts ans, je serai toujours aussi pauvre."

De soeur Geneviève : « Sa vie entière s’écoula dans la foi nue. Il n’y avait pas d’âme moins consolée dans la prière. Elle me confia qu’elle avait passé sept ans dans une oraison des plus arides : ses retraites annuelles, ses retraites du mois lui étaient un supplice. Cependant on l’eût crue inondée de consolations spirituelles, tant ses paroles et ses œuvres avaient d’onction, tant elle était unie à Dieu ». CSG,p.76

En proie à une terrible nuit avant de mourir, elle pressent que cette épreuve est permise par le Seigneur
afin "que tous ceux qui ne sont point éclairés du flambeau de la charité le voient luire enfin".

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"C’est donc que le Royaume est arrivé jusqu’à vous" Mt 11,20 : Jésus expulse les démons en les laissant s’exprimer, advenir dans la lumière, alors qu’ils vivent dans les "cavernes" du psychisme.

Saint Jean écrit que les ténèbres n’ont pas saisi, accueilli la lumière du Verbe Jn 1,10. Jésus répare cette rupture : il prend sur lui les démons des autres, se laissant "ligoter" par eux Mc 3,26. Comme il l’a demandé au jeune homme riche, il donne ses biens aux pauvres, consentant à ce "pillage". Voilà pourquoi son entourage le prenait pour un possédé Mc 3,20.

"Aux yeux des hommes, il devait être pécheur. Il a assumé le mode d’existence
des hommes pécheurs au point de se rendre méconnaissable". D. Bonhoeffer

"Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous
devenions en lui justice de Dieu". 2 Corinthiens 5:21

Jésus n’a pas d’endroit où poser la tête Mt 8,20 : il ne peut se reposer en son esprit, dans le coeur de son Père, car son esprit accueillait les démons des autres, était comme une demeure pour eux. Pour autant, le démon n’avait pas de prise sur lui Jn 14,30. Mais sa lumière devait entrer en relation avec les forces ténébreuses de notre psychisme.

Commentant la rencontre de Jésus avec le paralytique, François émet l’idée qu’il le guérit en utilisant sa manière de penser - c’est-à-dire le langage des forces ténébreuses.

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"Au paralytique à la piscine de Bethesda, il dit également « ne pèche plus » (Jn 5, 14). Mais à celui-ci, qui se justifiait avec les choses tristes qui ‘‘lui arrivaient’’, qui avait une psychologie de victime, il lui lance une pique en ces termes : ‘‘Qu’il ne t’arrive pas quelque chose de pire’’. Le Seigneur utilise sa manière de penser pour le sortir de sa paralysie." (Retraite spirituelle sur la miséricorde, troisième méditation, 2 juin 2016).

Idem avec la femme adultère. Celle-ci est avant tout victime du péché des autres, des hommes qui la traitent comme un objet.

"Il y a un péché qui ne laisse pas l’autre faire sa vie. Chez la femme adultère, il s’agit d’un péché social. Les gens venaient vers elle pour obtenir une faveur sexuelle ou pour la lapider. Dès lors, quand Jésus dit "Ne pèche plus", il la met en mouvement pour qu’elle cesse d’être objet du regard d’autrui, qu’elle soit protagoniste de sa vie."

On peut penser que Jésus délivre aussi les hommes qui l’ont dénoncée en adoptant leur manière de penser - "ne pèche plus" sonne comme une sentence prononcée par un juge autoritaire.