Pèlerins d’Emmaüs : Jésus n’est plus avec nous, mais en nous

Ils ont quitté Jérusalem éplorés. Et voilà que Jésus s’approche d’eux. Quand le Royaume s’approche, les cœurs se réchauffent. Cette chaleur est un feu qui brûle l’âme de l’intérieur, de manière aussi bienfaisante que douloureuse.

Quand Jésus s’approche d’eux, le soir commence à tomber dans leur cœur. D’ailleurs leurs yeux sont incapables de le reconnaître. Mais cette nuit est le passage obligé vers un nouveau mode de présence : Jésus n’est plus avec eux, mais en eux. Leurs yeux s’ouvrent lors de la fraction du pain ; non pas l’oeil extérieur, mais l’oeil du cœur.

"C’est le cœur, c’est-à-dire le noyau profond de la personne, que Jésus est venu « ouvrir » (...) afin que l’homme, rendu intérieurement sourd et muet par le péché, puisse écouter la voix de Dieu, la voix de l’Amour qui parle à son cœur." François, Angélus 9/9/18

En marchant à leurs côtés, Jésus leur fait vivre cette naissance du cœur nouveau.

Sa parole c’est l’Amour qui parle au plus intime de leur coeur. Cet amour est comme un creuset dans lequel leur cœur souffrant est fondu (Ml 3,3 - Sg 2,23 - 1 P 6,9). Les disciples étaient éplorés, mais ils ne vivaient pas la souffrance avec le cœur ; ils discutaient entre eux. Parler, interpréter, se perdre en conjecture... les disciples n’avaient pas « brisé » leur cœur. Il faut une grâce spéciale pour cela. Jésus nous la donne : « combien le Père donnera-t-il l’Esprit Saint » Lc 11,13... Si nous lui faisons confiance, l’Esprit Saint nous conduira, à travers la sécheresse et le dépouillement, vers un amour plus intense, une compréhension intérieure des événements, une adhésion à la volonté de Dieu. « Tout est grâce », dit sainte Thérèse.
L’âme née d’eau et d’esprit est accueil, réceptivité. « Vous ne me poserez plus de questions »,
annonce Jésus à ceux qui recevront un cœur nouveau après la disparition de l’Eglise.

Les deux disciples ont brisé leur cœur, comme Jésus a brisé le pain. Ils abandonnent leurs croyances, leurs questionnements et se laissent conduire dans la nuit par la Flamme d’amour qui crépite dans leur âme.

Les cœurs purs "voient" Dieu. Et l’on ne peut voir Dieu sans mourir, (Ex. 33,20). Les deux disciples ont perdu leur vie, leur cœur ancien. Ils ont enduré leur souffrance avec le cœur, en s’abandonnant à l’Esprit.

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"Leurs yeux s’ouvrirent" : la Flamme du Royaume est née dans leurs profondeurs. Dieu "parle" au coeur (Os 2,16) en infusant un amour très élevé. Tels sont les mystères du Royaume, les mystères du cœur de Jésus, que le Père révèle aux petits, à ceux qui endurent le joug de l’Amour. Ainsi la blessure du péché originel est réparée. Selon Origène, Adam et Eve voyaient le Paradis « par les yeux de l’âme ». Mais le péché vient fermer ces yeux et ouvrir « les yeux des sens » qui les enferment dans une vison exclusivement charnelle du monde : possession des autres, volonté de toute-puissance.

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L’expérience des pèlerins d’Emmaüs peut également être rapprochée de celle de Jacques et Jean lors de la Transfiguration : leur cœur vit l’union intime avec Jésus mais auparavant ils connaissent la nuit, le sommeil.

"Le feu de l’Amour est plus sanctifiant que celui du purgatoire" Ste Thérèse de L’Enfant-Jésus.

"S’il y a dans l’autre vie un feu ténébreux qui purifie les esprits, il y a aussi sur cette terre un feu plein d’amour ténébreux et spirituel où l’âme se purifie. Sur la terre, c’est l’amour seul qui purifie et éclaire. Aussi ceux qui ont le cœur pur sont-ils appelés « bienheureux » par notre Sauveur (Mt5,8), ce qui signifie qu’ils sont remplis d’amour, puisque la béatitude ne se donne qu’à l’amour." Nuit Obscure 12,1

Il est parti loin de nos yeux afin que nous,
nous revenions à notre coeur et l’y trouvions.
Oui, il est reparti, et voilà qu’il est ici.
Il n’a pas voulu être longtemps avec nous,
et il ne nous a pas laissé, car, s’il est reparti,
c’est vers un lieu d’où jamais il n’est parti […].
Saint Augustin