"Sacrifie" ton fils pour devenir le père d’une multitude

Dieu a-t-il demandé à Abraham de tuer son fils ? Les commentaires de la tradition juive font apparaître une autre interprétation souvent reprise dans l’exégèse biblique traditionnelle.

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"On est souvent choqué par le fait que Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils. Mais ce que Dieu demande à Abraham, ce n’est pas de tuer son fils Isaac. C’est de consentir à son émancipation. En effet, Abraham a eu son fils sur le tard, et c’est sans doute la raison pour laquelle il a une relation très fusionnelle avec lui. C’est pourquoi Dieu lui demande, non pas de sacrifier son fils mais, plus précisément, de l’"élever en holocauste" (c’est-à-dire en offrande) vers Lui, pour manifester ainsi que son fils ne lui appartient pas
mais appartient à Dieu seul, et qu’il est donc libre et autonome."
Pasteur Alain Houziaux, Dix questions simples sur la vie

Cette interprétation est appuyée par le fait que ce n’est pas un agneau (fils) qui apparaît pour le sacrifice, mais un bélier (père) : le père possessif est symboliquement immolé.

Ce passage biblique peut nous aider à interpréter les paroles fortes de Jésus qui est venu couper par l’épée toute relation fusionnelle (Mt 10,34-36). Juste après Jésus enchaîne : "Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi" Mt 10,37

Le feu que Jésus est venu jeter sur la terre (Lc12,49) est une purification de nos attachements afin que le Seigneur occupe la première place dans notre coeur, notre esprit. Notre âme est faite pour Dieu seul et c’est en Lui que nous pouvons connaître véritablement les autres.

Une autre fécondité

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Ici il est bon de se souvenir qu’Abraham sera appelé le père de tous les croyants. Par conséquent, le "sacrifice" d’Isaac peut aussi se comprendre comme un appel à une autre fécondité.

Jésus a réalisé pleinement cette ouverture en vivant la fraternité en dehors de son clan : avec le centurion romain, la samaritaine, Zachée le collecteur d’impôt, la femme syro-phénicienne (Mt 15,21...). Il est le Fils de l’homme, celui qui récapitule toute l’humanité, qui rassemble les hommes en une seule famille.

"Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ?" Jésus ne nie pas les liens de parenté. Il nous dit qu’ils sont un point de départ pour tisser des liens avec toute l’humanité. Les liens du sang, l’appartenance à une communauté, sont de ce fait relativisés.

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Le Royaume c’est cette grande famille que Jésus est venu inaugurer : celle où le Père vient rassembler tous les humains pour faire de nous des frères.

"N’appelez personne votre père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste." Mt 23,9

A la suite d’Abraham nous devons quitter "notre tribu" pour vivre le Royaume en ce temps déjà :

"Nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Evangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et dans le monde à venir, la vie éternelle". St Marc 10, 29-31