Soixante-dix fois sept fois

Pardonner soixante-dix fois sept fois... impossible à vue humaine, pourtant Jésus fait du pardon sans limite une clé du Royaume.

Juste après cet appel radical, Jésus raconte une parabole : un homme supplie son maître de lui accorder un délai pour rembourser une dette colossale (10 000 talents). Saisi de pitié, le maître lui remet toute sa dette. Juste après le débiteur rencontre un compagnon qui lui devait une toute petite somme, mais il le traite sans pitié, le faisant jeter en prison. Son maître lui a tout pardonné et il ne sait pas pardonner un petit peu...

Celui qui pardonne soixante-dix fois sept fois, c’est Dieu.

Cette parabole nous dit que le pardon de Dieu est donné totalement et sans condition ; le maître n’en impose aucune au débiteur, la remise est faite en une fois.

Le caractère exceptionnel de la somme remise dit le caractère infini de l’amour de Dieu. Le Royaume rompt avec toute logique de calcul. "La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure" St Augustin.

"Il nous faut apprendre à voir le mal et la faute comme Dieu les voit. Là où nous voyons naturellement
une faute à condamner, Dieu, lui, voit tout d’abord une détresse à secourir". Eloi Lerclerc, Sagesse d’un pauvre

Cet amour est notre part d’héritage, il nous appartient depuis toujours.

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Sommes-nous réellement conscients que le Christ nous a remis un trésor : son amour infini, inconditionnel ?

"Depuis notre baptême, Dieu nous a pardonné, en nous remettant une dette insolvable : le péché originel. Puis, avec une miséricorde sans limite, Il nous pardonne toutes les fautes dès que nous montrons seulement un petit signe de repentir. Dieu est ainsi : miséricordieux." François, angélus 17/9/2017

Peut-être sommes-nous comme le fils aîné qui pensait qu’il devait mériter l’amour de son père ? Si nous n’avons pas commis de gros péchés, nous pouvons nous dire que Dieu nous a protégés ; nous sommes bénéficiaires de la miséricorde de manière préventive :

"Jésus m’a plus remis qu’à sainte Madeleine, puisqu’il m’a remis par avance, m’empêchant de tomber" Thérèse de Lisieux

"Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux",
"vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement"

Invitation à vivre avec les autres le pardon que Dieu nous a donné : à première vue, voici une parabole simple à interpréter. Mais Jésus veut nous conduire au-delà de la simple imitation.

Puisque nous appartenons au Seigneur, écrit st Paul dans la 2è lecture, nous devons vivre de sa vie. C’est lui qui doit régner dans nos vies, dans nos coeurs.

Là où le pardon est souvent présenté comme un seul acte de volonté, ou comme un devoir, Jésus nous invite à être ses amis plus que ses serviteurs. Jn 15,15

Comme Jean, nous reposer sur le coeur de Jésus, laisser notre coeur se réchauffer à chaque eucharistie. Telle est la logique du Royaume : non un surcroît de volonté mais une ouverture pour laisser Dieu aimer en nous, une remise de soi à Dieu. Ce qui compte c’est de reconnaître notre impuissance à pardonner et de l’accepter pour que l’amour du Christ nous transforme de l’intérieur, petit à petit. Si nous lui donnons notre confiance, son amour agira comme la graine de moutarde qui déplacera la montagne de notre rancoeur Lc17,20.

"C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du coeur"

"du fond du coeur" peut se comprendre comme une démarche située dans les profondeurs de l’être, là où Dieu habite. C’est Jésus qui pardonne en nous. Sa surabondance devient la nôtre : "tout ce qui est à moi est à toi".

"Ah ! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d’impossible, vous connaissez mieux que moi
ma faiblesse, mon imperfection, vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes soeurs
comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi. C’est parce que
vous vouliez m’accorder cette grâce que vous avez fait un commandement nouveau."

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A la table du Royaume, au festin de l’Amour, nous serons tous frères par le pardon reçu et donné
sans condition : "Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens
que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier
avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande." Mt 5,23