Parabole des talents : "tout ce qui est à moi est à toi"

Avant de partir en voyage, un homme remet une somme d’argent à ses serviteurs. Puis il revient. Cette parabole parle du retour du Christ à la fin des temps, du règne de l’Amour dans le cœur de l’homme.

Le talent c’est l’Amour.

Les talents (somme d’argent) représentent l’agapè, cet Dieu nous porte sans qu’on le mérite. Chaque homme est créé à l’image de Dieu, chaque homme a reçu une étincelle d’amour dans son coeur. Cette Flamme est vivifiée grâce au baptême et aux autres sacrements.

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Pourquoi les trois ne reçoivent-ils pas la même somme ? Ce passage de l’autobiographie de ste Thérèse nous éclaire : "Une fois, je m’étonnais de ce que le Bon Dieu ne donne pas une gloire égale dans le Ciel à tous les élus, et j’avais peur que tous ne soient pas heureux. Alors Pauline me dit d’aller chercher le grand verre à papa et de le mettre à côté de mon tout petit dé, puis, de les remplir d’eau, ensuite elle me demanda lequel était le plus plein. Je lui dis qu’ils étaient aussi pleins l’un que l’autre et qu’il était impossible de mettre plus d’eau qu’ils n’en pouvaient contenir. Pauline me fit comprendre qu’au Ciel le Bon Dieu donnerait à ses élus autant de gloire qu’ils en pourraient contenir et qu’’ainsi le dernier n’aurait rien à envier au premier." Ms A,19

Que nous soyons petit dé ou grand verre d’eau, nous avons à recevoir en plénitude l’Esprit d’Amour, « chacun selon notre capacité ».

Commençons par ouvrir notre coeur avec confiance. Laissons cet Amour agir en nous.

Ici il ne s’agit pas tant de travailler que de laisser travailler, comme dans la parabole de la graine qui pousse toute seule. Placer notre talent à la banque, c’est abandonner notre âme à l’Amour, écrit sainte Thérèse :

"Ta Thérèse ne se trouve pas dans les hauteurs en ce moment, mais Jésus lui apprend à tirer profit de tout, du bien et du mal qu’il trouve en soi. Il lui apprend à jouer à la banque de l’amour, ou plutôt non il joue pour elle sans lui dire comment il s’y prend car cela est son affaire et non pas celle de Thérèse, ce qui la regarde c’est de s’abandonner, de se livrer sans rien se réserver, pas même la jouissance de savoir combien la banque lui rapporte. » LT 222

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Peu à peu notre âme sera "amorisée", divinisée : "Tout ce qui est à moi est à toi", dit Jésus Lc 15,31

Le nombre identique de talents au départ et au retour du roi signifie que l’âme vit de la vie de Dieu. Elle porte un fruit qui demeure : la charité. Elle aime Dieu avec l’amour, lui rend amour pour amour : "Je donne ma vie pour la recevoir de nouveau" Jn 10,16.

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Quand le Christ reviendra, il cherchera dans la profondeur de notre cœur l’étincelle de son amour. Qu’ai-je fait du talent qu’il m’a confié ? Ai-je entretenu la flamme de mon baptême à travers un cœur à cœur avec le Seigneur ? Mon cœur a-t-il cherché son Amour comme un trésor en délaissant les séductions du monde ? Ai-je voulu voir le bien dans l’autre, dans ceux qui m’ont fait du mal ? Est-ce que j’ai accepté les souffrances avec le cœur ?

A travers le sacrifice de la volonté, l’abandon dans la prière, le premier talent va « descendre » dans nos profondeurs : l’âme brûlera d’amour pour Dieu. Mais avant cet embrasement, l’âme connaît le vide :

"Plus il veut donner, plus il fait désirer, jusqu’à faire en nous le vide complet,
pour nous remplir de ses biens". Saint Jean de la Croix (Thérèse de Lisieux reprendra cette citation CSG, 5 1)

Celui qui reçoit deux talents, a fortiori cinq, connaît "le joug de l’Amour", expérience douloureuse s’il en est. Si nous acceptons cette désolation, une « porte » s’ouvrira dans ses profondeurs, donnant accès aux "mystères du Royaume" que le Père réserve aux petits - à ceux ont laissé diminuer leur ego. Mt 11,25.

Ces souffrances ont une portée eschatologique : ce sont celles de la femme qui s’apprête à donner naissance à un être nouveau Jn 16,21, un "cœur nouveau". N’oublions pas que le retour du Christ coïncide avec la disparition de l’Eglise et l’avènement du règne de son Amour dans les coeurs. "Je vois que la souffrance seule peut enfanter les âmes", écrit sainte Thérèse.

"À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié,
on réclamera davantage". Lc 12,48

Le troisième serviteur était le plus avantagé : le maître connaissait son cœur,
savait qu’il n’était qu’un petit dé.

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Il pouvait se contenter de mettre son talent à la banque, de s’abandonner. Mais il l’a enterré. Ce serviteur a peur, il ferme son cœur. Il est plus sécurisant de garder le contrôle de sa vie spirituelle que d’ouvrir les mains. Plus sécurisant d’être le serviteur d’une loi morale que de laisser l’Amour agir en nous, aimer en nous.

"Celui qui a, recevra encore"

La Vérité - l’amour divin qui s’infuse dans les profondeurs de l’âme - est une source qui ne tarit jamais. Dans cet Amour se trouvent la joie et la paix du maître.

« Lorsque l’âme s’est fixée en Lui à de telles profondeurs, quand ses racines y sont ainsi plongées, la sève divine s’épanche à flots en elle. » Elisabeth de la Trinité

"Lorsque cette eau céleste commence à couler de la source dont je parle au plus profond de nous, on dirait que tout notre intérieur se dilate et s’élargit." Thérèse d’Avila

"Celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a"

Celui qui n’agit pas en union avec Dieu, qui n’a pas le "vin nouveau" dans son coeur profond, se fera enlever les personnes et les biens auxquels il est attaché, ses actions charitables.

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