"Non pas abolir mais accomplir" = me laisser aimer dans mes infidélités

"Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. "

Dieu est-il un gendarme qui passerait son temps à traquer nos pensées déviantes ? A scruter nos émotions sur la courbe d’un électro-encéphalogramme ?

« Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants... » La conclusion du chapitre 5 chasse nos inquiétudes : L’amour du Père veut rayonner comme un soleil sur toutes les zones de notre être, de notre psychisme. Le jugement s’effectue dans cet Amour inconditionnel. Comme ce regard qui se pose sur le jeune homme riche, Zachée, Matthieu le collecteur d’impôt. Dans ce regard, tout est aimé, sauvé.

JPG - 31.9 ko

Mais il est un autre tribunal : « Le jugement que vous portez contre les autres, sera porté aussi contre vous » Mt 7,3. Si nous jugeons ceux qui commettent des actes graves, Dieu nous condamnera nous aussi. Ne serait-ce que pour une pensée ou une parole. Les pharisiens se comptaient pour des justes car ils n’avaient commis ni meurtre, ni adultère. Loin de cette approche manichéenne, Jésus entend dépasser les apparences.

C’est du coeur de l’homme que viennent meurtres et adultères. Or notre coeur est malade. Oui, chacun de nous peut faire l’expérience d’être assailli par des désirs de vengeance, de jalousie, ou encore d’éprouver du désir pour une femme.

JPG - 12.9 ko

Jésus veut nous dire qu’il n’y a pas grande différence entre nous et les criminels. Comme l’écrit Christian de Chergé : "J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément."

La guérison de notre coeur ne sera effective qu’à la fin des temps : "Je mettrai ma loi dans leur coeur" Jr 31,33. En attendant Jésus nous invite à reconnaître la fragilité de notre équilibre, la complexité de l’âme humaine.

"Connaissez-vous un homme qui n’ait jamais regardé une femme avec convoitise ? Un seul ? Je pense que tout homme normalement constitué est ou a été adultère par son regard." Arnaud41 sur le forum de La Croix.

"Nous connaissons tous mal notre sexualité, nous sommes tous dépassés par nos pulsions" , écrit la psychothérapeute Marie-Françoise de Billy.

JPG - 8 ko

De Michela Marzano, philosophe : "Freud a bien montré – de façon, je pense, définitive – que la pulsion violente des êtres humains ne pouvait être effacée. C’est en quelque sorte notre moteur d’action. Il ne s’agit donc pas de diaboliser la violence, au sens où elle nous constitue ; elle est profondément humaine et ne peut être éradiquée. II nous faut composer avec elle, la connaître pour la limiter." Psychologies Magazine, mai 2012

Loin de vouloir constituer un club de gens parfaits, Jésus au contraire nous invite à reconnaître et à accepter nos zones d’ombres. Et à laisser passer
les rayons de son Amour dans tout notre être.

JPG - 20.8 ko

En recourant à des rituels de purification pour se composer une belle image, les pharisiens passent à côté de cette ouverture du cœur. Le péché commis par notre jambe et notre pied Mt 5,29, ce pourrait être toutes les stratégies que nous mettons en place pour acheter notre salut. Est-ce que comme Jacob je me compose une image idéale pour aller dans le Royaume ? La main peut servir à amasser vertus et bonnes actions comme le jeune homme riche. L’oeil est sûrement une évocation de la parabole de l’oeil et de la poutre : voir la beauté de l’autre, ne pas le réduire à son péché. « Couper notre main », ce serait laisser l’Amour faire son œuvre en nous, son œuvre de vérité afin de nous dépouiller de fausses sécurités. Quand bien même nous aurions perdu une main, une jambe ou un pied, il nous resterait un cœur dans lequel le « vin nouveau » peut s’écouler.

JPG - 34.2 ko

« Non pas abolir mais accomplir »

Pour mettre en pratique la loi d’amour, il faut d’abord se laisser aimer dans nos manquements. Reconnaître notre incapacité à pardonner, à vivre la chasteté, la non-violence.

BMP - 125.1 ko

Etre les fils du Père, c’est reconnaître que nous ne savons pas aimer, que nous aimons mal, et ouvrir nos mains vides avec confiance. Alors un "feu nouveau" s’allumera dans notre cœur et nous pourrons accueillir les hommes comme des frères, y compris ceux qui nous ont fait du mal.

Oui, nous pourrons "courir sans peur sur la voie de tes préceptes" ps 118 car notre cœur a été dilaté par le « vin nouveau », « mis au large ».

"Je mettrai ma loi dans leur coeur" Jr 31,33 : la loi c’est l’amour de Dieu qui s’approche des cœurs malades, incapables de mettre en pratique la Loi. En nous abandonnant à cet Amour, en le laissant agir en nous, nous pourrons dire : "ce n’est plus moi qui aime, qui pardonne...".