« Tu l’as révélé aux tout-petits » Mt 11,25

Pour recevoir cette révélation, il faut peut-être imiter Elie : ne pas attendre un ouragan, un coup de vent car Dieu veut se révéler dans le murmure d’une brise légère (l’hébreu dit "un bruit de fin silence").

C’est Dieu qui se révèle. Or habituellement c’est moi qui me saisis de Dieu, qui lui parle. Pour inverser cette tendance, Dieu nous conduit au désert : il plonge dans la nuit notre volonté, notre sensibilité, notre piété, notre intelligence.

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Après un certain temps dans la nuit, nous pouvons sentir Dieu nous "parler" dans le silence du coeur (Os 2,16). La Parole c’est l’onction de son Amour, les gouttes de son Esprit qui "s’infusent" dans la profondeur du coeur. St Jean de la Croix évoque une connaissance amoureuse, infuse et non pas acquise, dans laquelle « Dieu se communique passivement à l’âme » (MC II 15,2). Tels sont les "mystères du Royaume des cieux" Mt 13,11 que le Père réserve aux "petits".

« Mon joug est facile à porter » Mt 11,30

Le joug est l’Esprit d’amour qui s’infuse en notre âme et nous unit à Jésus. Non sans douleur : cet amour envahit nos facultés, les réduit à l’impuissance,
afin que ce ne soit plus moi, mais l’amour du Christ qui vive en mon âme.

« Je suis l’esclave du Seigneur » Lc 1,38 : cette phrase de Marie est celle des « tout-petits ». St Louis-Marie Grignion de Montfort a parlé d’ "esclavage d’amour" pour évoquer la disposition du coeur qui s’en remet à Dieu, s’abandonne dans l’Amour.

"Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils,
et celui à qui le Fils veut bien le révéler". Lc 10,22

Jésus veut nous donner sa place de Fils dans la Trinité. Pour cela il nous donne l’Esprit d’Amour qui s’infuse peu à peu en nous (le terme de révélation repris ici) et transforme nos coeurs à l’image du Fils.

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Celui qui est tout-petit, c’est Jésus.

Il exulte "sous l’action de l’Esprit Saint". Ses actes et ses pensées sont conduits par l’Esprit. Il reçoit la bonté de son Père, comme il l’a dit au jeune homme riche. Comme l’écrit Christian de Chergé :

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"N’allons pas imaginer que par avance Jésus savait, il voyait, il comprenait - je ne le crois pas, et rien dans l’Evangile ne nous permet de le dire, surtout pas Jésus. (...) Jésus, c’est d’abord et avant tout cette humanité semblable à la nôtre, qui a vécu, instant après instant, la docilité à l’Esprit et qui s’est reçue de l’Esprit, instant après instant".

Cette exultation est la seule rapportée par les évangélistes. Certes il s’adresse à son père « mais c’est de nuit », dirait st Jean de la Croix. Cela veut dire que l’âme de Jésus n’était pas toujours dans la lumière car il a été soumis à la tentation, il devait entrer en fraternité avec les ténèbres de ceux qu’il rencontrait.

« Le Père et moi, nous sommes un ».

Dans Pour toi, qui suis-je ?, Maurice Zundel reprend un enseignement de st Thomas d’Aquin selon lequel il est impossible que Dieu change de nature en s’incarnant. Jésus est pleinement homme mais son humanité recèle quelque chose de spécifique : son être est orienté vers le Père. Il s’est littéralement "vidé de lui-même"(Ph 2,7) afin de "se brancher" sur la volonté de son Père.

"En Jésus l’humanité est pure transparence, pur sacrement de la présence de Dieu, pure ouverture à Dieu.
C’est une créature qui, dès le premier instant de son existence, vit l’attraction divine d’une manière
totale et absolue". Maurice Zundel

Cette manière de concevoir l’humanité de Jésus peut renouveler le dialogue avec les croyants des autres religions. En effet, il est difficile pour eux de comprendre l’affirmation de la foi chrétienne qui dit que Jésus est Dieu.

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En revanche, parler de l’humanité de Jésus peut trouver un écho dans leur  propre tradition et, par la même, enrichir notre compréhension du Christ.  Ainsi, pour les adeptes de l’hindouisme, Jésus aurait vécu en plénitude l’Advaita dans la condition humaine, c’est-à-dire la non-dualité (unité) de l’homme avec l’Absolu.

De même, Christian de Chergé a pu écrire que Jésus est "le seul vrai musulman" car il n’a été que oui à la volonté du Père (la notion de soumission est essentielle dans l’islam).

Le dialogue avec les athées en serait aussi transformé :
"Qu’il se soit pris pour Dieu, voilà ce que je ne puis croire. Sa vie et son message ne m’en émeuvent que davantage" André Comte-Sponville