Le Père et moi, nous sommes un (l’amour agapé)

Quand saint Jean affirme que "Dieu est amour", il dit en fait "Dieu est agapé". Ce mot souligne la dimension kénotique de l’amour. La kénose est l’effacement de soi face à l’autre : non pas moi mais toi. Non affirmation de soi mais émerveillement et enrichissement face à l’autre. C’est l’agapé du Christ qui s’est anéanti lui-même jusqu’à la mort sur la croix (Philippiens 2:5-8).

Le Père et moi, nous sommes un. Jn 10,30

"Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé". (Jn 6, 38). Il s’est littéralement "vidé de lui-même"(Ph 2,7) afin de "se brancher" sur la volonté de son Père.

Jésus est le tout-petit par excellence Mt 11,25. Il exulte "sous l’action de l’Esprit Saint". Ses actes et ses pensées sont conduits par l’Esprit. Il reçoit la bonté de son Père (cf. jeune homme riche).

Comme l’écrit Christian de Chergé : "N’allons pas imaginer que par avance Jésus savait, il voyait, il comprenait - je ne le crois pas, et rien dans l’Evangile ne nous permet de le dire, surtout pas Jésus. Le Fils lui-même ignore les temps et les moments : ça, c’est le secret du Père. (...) Jésus, c’est d’abord et avant tout cette humanité semblable à la nôtre, qui a vécu, instant après instant, la docilité à l’Esprit et qui s’est reçue de l’Esprit, instant après instant".

L’amour comme effacement, comme mort à soi-même.

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La notion d’effacement est très présente dans la mystique juive. Selon la théorie du tsimtsoum (retrait) élaborée par des maîtres de la Kabbale, Dieu qui occupait tout l’espace avant la création, s’est retiré pour laissé place au monde, comme une vague dont le reflux fait place au sable. A son tour, l’homme doit s’effacer pour laisser Dieu vivre en lui.

Le Cantique des Cantiques, poème d’amour par excellence, repose sur cette alternance. Les disparitions récurrentes du Bien-Aimé ne sont-elles pas une magnifique preuve d’amour en ce sens qu’elles laissent de la place pour la Bien-Aimée ? Mais cette dernière devra à son tour s’effacer, renoncer à vouloir chercher Dieu. Réduite à l’impuissance, la Bien-aimée s’endort en attendant le retour de l’amant.

Eros est un amour qui cherche Dieu. Cette démarche est bien noble. Mais agapé est différent :
ce n’est pas moi qui me saisis de Dieu, mais je Le laisse de plus en plus s’emparer de moi, comme le bois
s’abandonne au travail de la flamme pour devenir feu lui-même.

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Saint Jean de la Croix écrit que dans la nuit nous devons renoncer à chercher Dieu ; c’est Lui qui se révèle à nous comme lors de la marche sur les eaux. Les "mystères du Royaume" des cieux, c’est-à-dire les onctions d’amour du coeur de Jésus, pourront s’infuser au plus intime de notre âme.

Quand nous serons UN avec le Fils dans l’Esprit d’Amour, nous serons UN avec le Père.
Nous occuperons la place de Jésus dans la Trinité : "Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père,
nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler". Lc 10,22

Dans l’amour d’agapé, je m’efface pour que l’autre puisse prendre sa place.

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"Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes" Phil. 2,2

"Soumettez-vous les uns aux autres" Eph 5,21

Aucun d’entre nous n’est capable d’aimer naturellement de ce genre d’amour que le Nouveau Testament décrit comme le véritable amour. Seule la vie de Dieu en nous peut nous permettre de le faire.

"Lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi" Thérèse de Lisieux

Jésus a vécu les rencontres dans l’humilité. Il s’enrichit des autres, s’émerveille de leur foi, de l’amour qui les anime. Même quand il s’agit de païens (samaritaine, syro-phénicienne, centurion romain).

La soif de Jésus exprime l’agapè : l’amour comme vide, manque, béance

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Il a soif de l’amour de la Samaritaine ; il comprend de l’intérieur la soif d’amour de cette femme qui a tant cherché l’amour. La soif de Jésus culmine sur la Croix : soif de l’amour des hommes, de l’amour du Bon Larron. La résurrection n’y change rien : en demandant par trois fois à Pierre "M’aimes-tu ?", Jésus demeure ce mendiant d’amour.

« Voilà donc tout ce que Jésus réclame de nous, il n’a point besoin de nos œuvres, mais seulement de notre amour (...) En disant : « Donne-moi à boire », c’était l’amour de sa pauvre créature que le Créateur de l’univers réclamait. Il avait soif d’amour…" Thérèse de Lisieux (Ms B, 1v)

La soif de Dieu appelle celle de l’homme :
"Dieu a soif que nous ayons soif de Lui" (st Augustin).

Jean de la Croix compare l’âme dans la nuit "au vase vide qui attend qu’on le remplisse, à l’affamé qui aspire à sa nourriture, à l’homme suspendu en l’air qui manque de tout appui. Tel est l’état de l’âme embrasée d’amour". CS 9

"J’aime mon Père, et je fais tout ce que mon Père m’a commandé" (Jn 14,28).

Le mot commandement est arché en grec. Arché est également utilisé dans l’expression « au commencement » qui ouvre l’évangile de Jean et la Genèse. Nous pouvons en déduire que le commandement de l’amour, qui est un effacement réciproque, est le principe (logos) qui gouverne les relations

* entre le Père et le Fils :

"Le Père aime le Fils, et il a remis toute chose entre ses mains" (Mt 28,18).
"J’aime mon Père, et je fais tout ce que mon Père m’a commandé" (Jn 14,28).

* entre les hommes et le Fils,

* et les hommes entre eux.