Vivre la fraternité

Aller aux périphéries... réchauffer les coeurs... Il y a un siècle, Thérèse de Lisieux dessinait
l’Eglise voulue par le pape François.

A l’une de ses novices, elle confie qu’elle aurait aimé vivre dans un refuge
religieux pour « filles repenties », comme on disait alors. Elle connaissait
leur maison à Lisieux du fait qu’elle avait accompagné plus d’une fois son père
allant y porter le produit de sa pêche. « Si je n’avais pas été acceptée au carmel,
je serais entrée dans un refuge pour y vivre inconnue et méprisée au milieu des
pauvres repenties. Je me serais fait l’apôtre de mes compagnes, leur disant ce
que je pense de la miséricorde du Bon Dieu ».

Et, désireuse de briser la distance avec elles, la religieuse ajouta ce détail
étonnant : « Mon bonheur aurait été de passer pour telle ». (cf. Pierre
Descouvemont, Sœur Marie de la Trinité, une novice de sainte Thérèse, p. 108)

C’est parce qu’elle est lucide sur sa faiblesse que Thérèse entre en fraternité :

« Je n’ai aucun mérite à ne m’être pas livrée à l’amour des créatures, puisque je
n’en fus préservée que par la grande miséricorde du Bon Dieu. Je reconnais
que, sans lui, j’aurais pu tomber aussi bas que Marie-Madeleine » (Ms A, 38).

"Il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber".

Cet amour prévenant du Seigneur, elle en parle à travers une parabole qu’elle
a inventée.

Un père avait deux fils. L’un des fils tomba un jour sur une pierre
et dans sa chute se cassa un membre. Aussitôt son père vint à lui, le releva avec
amour et soigna ses blessures. Mais il s’empressa aussi d’enlever la pierre du chemin
afin que son second fils ne se blesse point à son tour. Lorsqu’il l’apprit, ce dernier
eut pour son père une reconnaissance bien plus grande encore que le fils blessé.

On raconte que François d’Assise répondit à un jeune qui l’appelait "le saint" :
"Tu crois que je suis un saint ? Mais tu ne sais donc pas que
ce soir même je pourrais coucher avec une prostituée si le Christ ne me soutenait pas !"

La fraternité avec les non-croyants

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« Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité. » Pendant les dix-huit mois qui précèdent sa mort, Thérèse de Lisieux vit la désolation à l’extrême : l’amour de Dieu l’a quittée. Elle aurait pu se morfondre dans son angoisse, pourtant une ouverture se crée, celle de la fraternité : elle comprend de l’intérieur les hommes qui refusent Dieu et elle en fait des frères, ce qui est proprement scandaleux pour le milieu chrétien de son époque. "Seigneur, votre enfant vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d’amertume où mangent les pauvres pécheurs". Alors que la lumière divine s’est voilée pour elle, la carmélite évoque un flambeau, celui de "la charité qui doit réjouir tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne".


Une amitié improbable avec Edith Piaf

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Guérie miraculeusement par Thérèse lorsqu’elle était enfant, "la Môme " lui en fut reconnaissante toute sa vie. Malgré leurs existences si antagonistes - Piaf fut élevée par des prostituées et eu de nombreux amants - les deux femmes se rejoignent dans la quête d’un amour absolu ; "je n’ai cru qu’en l’amour", dira la chanteuse.


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Sainte Marie de Paris, moniale auprès des exclus

Marie Skobtsov (1891-1945) est une figure originale du monachisme orthodoxe : après avoir connu deux mariages, elle devint religieuse à Paris, "moniale dans le désert des coeurs humains", prodiguant affection et aide matérielle aux plus démunis. Son tempérament mystique transparaît dans ses écrits, notamment les textes portant sur le "sacrement du frère". Gazée au camp de Ravensbrück, elle fut canonisée par le Patriarcat de Constantinople en 2004.


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Quand nous allons annoncer Jésus-Christ à des personnes qui ne le connaissent pas, ou qui mènent une vie qui ne semble pas très morale, il faut avant tout se dire à soi-même : si je ne suis pas comme lui, c’est par pure grâce de Dieu... Si je ne suis pas tombé dans cette situation, c’est que le Seigneur m’a tenu par la main. (Rencontre avec la communauté vie chrétienne, mai 2015).

Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, je me demande toujours : pourquoi eux et pas moi ? Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi.
(Le nom de Dieu est miséricorde, janvier 2016)